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François Bellabas pratique la photographie comme un chercheur. Le sujet de ses images est lié à l’automobile, son laboratoire à ciel ouvert est situé dans les mégalopoles internationales. Los Angeles, de préférence. Ses moteurs et outils de recherche sont les nouvelles technologies. L’installation Motorstudies telle qu’elle est présentée pour le Prix d’art Robert Schuman est une étape d’une œuvre en perpétuelle évolution. Le temps de l’exposition, elle livre un état actuel de la réflexion de l’artiste. C’est une œuvre en projet qui dévoile son processus créatif, qui livre les archives que François Bellabas accumule pour questionner, expérimenter son sujet. Collaborer, contaminer, appliquer, autant d’actions que l’artiste a partagé avec deux étudiantes de l’École supérieure d’art de Lorraine pour ce projet. Dans ce processus de recherche en photographie, l’artiste questionne le temps, la manipulation des images, les notions de faire, de distance et d’échec. François Bellabas shoote à l’excès, multiplie les prises de vue, sélectionne ensuite les images. Il les manipule enfin dans leur code avec une précision chirurgicale. Les photographies exposées ont vécu dans leur genèse ce qu’elle exprime de leur sujet: la vitesse, l’accident, la violence, la séduction, le désir, la fascination. Chaque photographie de l’artiste est une métonymie. Elle contient tout le sujet dans ses gènes, elle e son contenant, elle ne le réfléchit pas. Elle est armée de tous les potentiels et de toutes les charges du sujet. Dans Mythologies, Roland Barthes écrit en 1957 «je crois que l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques: je veux dire une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique». L’œuvre photographique de François Bellabas puise dans les nouvelles technologies et l’expérimentation artistique un ressort puissant, elle ressource le medium et le sujet d’une densité toute contemporaine.

François Bellabas est né en 1989. Diplômé de l’École supérieure d’art de Lorraine, puis de l’École nationale supérieure de la photographie à Arles en 2015, il participe à des expositions collectives depuis 2014 à Paris, Nantes ou Arles. Ses recherches questionnent le médium photographique dans ses possibles d’évolution et de mutation. Son approche, similaire à celle d’un ingénieur, le pousse à extraire et analyser les états de réel que produit l’outil photographique. Entremêlant l’aléatoire à des formes référencées, il explore les niveaux de langages et la fabrication du contemporain. Les images et les installations qui en découlent sont autant de fragments à combiner entre eux, chacun dessinantles variantes d’une réalité en mutation constante.


L'essentiel d'abord; l'automobile n'est pas le sujet du travail de François Bellabas. S'il existe un lien évident, celui- ci se noue à un niveau plus viscéral, proche de ce qui lie le héros de John Carpenter à sa Plymouth Fury hardop. Il distingue dans la voiture des formes et des figures, parce qu'il les retrouve en creux dans le cerveau de chaque conducteur et dans la forme des villes qu'ils parcourent… L'automobile est le centre d'un immense dispositif qui affecte et infecte l'environnement, bien au-delà des lignes tracées par les routes dans l'ensemble du territoire. Elle modifie l'architecture, les gestes et les paysages, jusqu'au lointain, foré et bombardé au nom des énergies fossiles. Nous sommes les spectateurs d'un siècle où tout ce qui nous entoure s'est plié comme de la tôle devant la toute-puissance des chevaux-vapeurs.
Quand François Bellabas se penche sur un détail de carrosserie froissée, c'est comme modèle de cet accident total qu'il l'envisage. Quand il observe les marques de pneus sur un parking californien, c'est la propagation de l'onde de choc qu'il cherche à deviner dans les dessins de la gomme brûlée. Les images qu'il produit fonctionnent comme des études et des hypothèses. Lorsqu'il crash-test ses images, le choc et la vitesse les modifient, il se produit dans le travail une compression des deux objets. La photographie entre en résonnance avec son sujet, comme ces ponts qui s'effondrent au passage des troupes. Les images vibrent, des patterns se multiplient, les éléments polarisent l'espace de la photographie. La prise de vue seule ne suffit pas, il faut pour achever l'expérience venir modifier son code, ajuster sa forme. La photographie, comme la carrosserie des voitures, est une surface opaque et brillante attendant que s'y inscrivent collision et corrosion.
En opérant ces modifications dans les images, François Bellabas parvient à saisir et figer des formes sourdes, la vitesse tenue en réserve, la multiplicité des trajectoires possibles, la puissance et l'inertie contenus dans chaque objet. À parcourir ses images, on découvre qu'il est possible d'habiter l'accident, un interstice difficile à percevoir sinon par ceux habitués à la mécanique du chaos, tel Iggy Pop qui raconte son souvenir d'un temps calme et suspendu dans l'habitacle d'une voiture sortie de la route, tandis qu'elle roule sur elle-même, une pluie de fragments de verre suspendue autour de lui. C'est ce temps-là, à peine vivable, qui est peut-être le véritable sujet du travail de François Bellabas.

Nicolas Giraud

François Bellabas praktiziert die Fotografie wie ein Forscher. Die Motive seiner Bilder sind mit dem Thema Automobil verknüpft, sein Freiluftlabor befindet sich in Millionenmetropolen, bevorzugt in Los Angeles. Seine Motoren und Forschungswerkzeuge sind die neuen Technologien. Die Installation Motorstudies, ist in der Form, in der sie im Rahmen des Kunstpreises Robert Schumann präsentiert wird, nur ein Schritt in einem Werk, das sich unendlich weiterentwickelt. Zum Zeitpunkt der Ausstellung wird diesbezüglich eine aktuelle Momentaufnahme der Überlegungen des Künstlers präsentiert. Es handeltsich um ein Werk, das sich noch in der Planungsphase befindet, und das seinen kreativen Prozess enthüllt, mitden Archiven, die François Bellabas anhäuft, um dasThema zu hinterfragen und mit Experimenten zu füllen. Er möchte mit anderen zusammenarbeiten, andere anstecken, das Erfahrene anwenden. Es gibt viele Aktionen, die der Künstler mit zwei Studierenden der École Supérieure d’Art de Lorraine für dieses Projekt gemeinsam durchgeführt hat. In diesem Prozess der Forschung, die in den Fotografien sichtbar wird, stellt der Künstler die Frage nach der Zeit, nach der Bearbeitung der Bilder, nach dem Begriff der Aktion, nach der Distanz und nach der Niederlage. François Bellabas macht unendlich viele Aufnahmen, vervielfältigt sie, wählt anschließend die Bilder aus. Er bearbeitet sie schließlich in ihrer Zusammensetzung mit der Präzision eines Chirurgen. Die ausgestellten Fotografien haben während ihrer Entstehung das erlebt, wovon ihre Themen zeugen: Geschwindigkeit, Unfälle, Gewalt, Verführung, Begehren, Faszination. Jede Fotografie des Künstlers isteine Metonymie. Sie beinhaltet das gesamte Thema inihren Genen, sie ist sein Behältnis, sie denkt nicht über das Thema nach. Sie zeugt von allem Potenzial sowie von allen Belastungen, die mit dem Thema zusammenhängen.In Mythologies schreibt Roland Barthes im Jahr 1957: „Ich glaube, dass das Automobil heute ziemlich genau das ist, was früher die gotischen Kathedralen waren: Eine große Schöpfung dieses Zeitalters, mit Leidenschaft von unbekann- ten Künstlern entworfen, angeschaut und genutzt durch ein ganzes Volk, das darin ein perfekt magisches Objekt sieht.“ Das fotografische Werk von François Bellabas nutzt die neuen Technologien und das künstlerische Experimentieren als starkes Instrument, und es versorgt das Medium und das Thema selbst mit einer absolut zeitgenössischen Dichte.

François Bellabas wird 1989 geboren.Er erhält sein Diplom an der École Supérieure d’Art de Lorraine, dann schließt er die École nationale de la Photographie in Arles 2015 ab. Er nimmt an Gemeinschaftsausstellungen in Paris, Nantes und Arles ab 2014 teil. Seine Forschung hinterfragt das fotografische Medium in seinen Möglichkeiten der Veränderung und Weiterentwicklung. Sein Ansatz, der dem eines Ingenieurs gleicht, führt dazu, dass er die realen Zustände,die beim Fotografieren abgebildet werden, herausnimmt und analysiert. Er vermischt das Zufällige mit bereits bekannten Formen, er entdeckt die Ebenen der Sprachen und der Herstellung des Zeitgenössischen. Das Ergebnis sind Bilder und Installationen, die Fragmente darstellen, die untereinander kombiniert werden können, wobei jedes Fragment die Varianten einer sich permanent verändernden Realität darstellt.